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Est-ce qu'on grossit quand on arrête de fumer ?

Publié le 5 septembre 2026 · 7 min de lecture

Par Loutra · Sources (10)

La réponse courte

Oui, le plus souvent. La méta-analyse de référence donne une moyenne de 4 à 5 kg à douze mois chez les gens qui arrêtent sans traitement, dont l'essentiel dans les trois premiers mois. Mais cette moyenne décrit très mal les gens réels : à un an, 16 % pèsent moins qu'au départ et 13 % ont pris plus de 10 kg. Le NHS ne l'enjolive pas — « la plupart des gens prennent un peu de poids après avoir arrêté de fumer » — et ajoute la phrase qui décide de tout le reste : « les bénéfices de l'arrêt pour la santé sont bien supérieurs aux risques d'une prise de poids ».

Des fruits, une tranche de pain et une balance au cadran sans chiffres.

La peur est fondée, et c'est important de le dire d'abord

Il y a une manière très répandue de traiter cette question, et elle consiste à répondre « mais non, ne t'inquiète pas ». Elle a un défaut : c'est faux, et la personne en face le sait.

Alors commençons par l'admettre. La revue Cochrane, qui n'est pas un magazine de bien-être, ouvre son chapitre sur le sujet sans détour — « la plupart des gens qui arrêtent de fumer prennent du poids » — et enchaîne sur la raison pour laquelle ça compte : « cela peut dissuader certaines personnes de faire une tentative d'arrêt ». Ta peur n'est pas une coquetterie, elle est documentée comme un obstacle réel à l'arrêt. Tabac info service pose la nuance dans l'autre sens, et elle compte autant : « grossir est une des difficultés les plus redoutées au moment de l'arrêt du tabac, pourtant ce n'est pas systématique ».

Le chiffre : 4 à 5 kg à un an, dont l'essentiel avant le troisième mois

La référence est une méta-analyse publiée dans le BMJ en 2012, qui a agrégé 62 essais cliniques — pas des questionnaires, des gens pesés à intervalles fixes. Voilà ce qu'elle donne pour ceux qui arrêtent sans aucun traitement :

  • 1 mois1,12 kg
  • 2 mois2,26 kg
  • 3 mois2,85 kg
  • 6 mois4,23 kg
  • 12 mois4,67 kg

La colonne de droite dit la seule chose vraiment utile de ce tableau : l'essentiel se joue au début. Il y a plus d'écart entre le premier et le sixième mois qu'entre le sixième et le douzième. Ce n'est pas une pente qui part pour la vie, c'est une marche suivie d'un plateau — « l'essentiel de la prise de poids survient dans les trois mois qui suivent l'arrêt », concluent les auteurs.

La moyenne ne décrit presque personne

C'est le vrai problème de ce chiffre, et personne ne le dit jamais. Les auteurs du BMJ ont fait ce que la plupart des méta-analyses ne font pas : ils ont reconstitué la répartition derrière leur moyenne.

Une personne sur six en perd À douze mois, chez les gens qui ont arrêté sans traitement : 16 % pèsent moins qu'au départ, 37 % ont pris moins de 5 kg, 34 % entre 5 et 10 kg, et 13 % plus de 10 kg. La fameuse « moyenne de 4 à 5 kg » est la moyenne de ça.

Quatre destins très différents, dont un seul ressemble au chiffre qu'on répète. Et un détail de la même étude mérite de rester : la prise de poids était identique chez les gens particulièrement inquiets à ce sujet et chez ceux que ça n'inquiétait pas. L'anxiété que tu as en ce moment ne te protège de rien.

Pourquoi ça arrive — et pourquoi pas à tout le monde pareil

Le NHS donne deux mécanismes, en une phrase chacun. Le premier : « la nicotine des cigarettes aide à supprimer ton appétit, donc quand tu arrêtes, ton appétit peut augmenter. » Le second est plus surprenant et concerne ce qui se répare dans ton corps : « après 48 heures, ton goût et ton odorat s'améliorent, donc la nourriture peut aussi avoir meilleur goût, et tu peux te sentir plus affamé. »

Le troisième est chiffré : « le fait de fumer permet de dépenser des calories (200 calories environ pour 20 cigarettes fumées dans la journée) », dit Tabac info service. Mais ce n'est pas le mécanisme principal. Dans l'étude que rapporte une revue de pharmacologie clinique, l'augmentation moyenne des apports après l'arrêt était de 227 calories par jour, « ce qui pourrait expliquer 69 % de la prise de poids observée à trois mois ». Les deux tiers de ce qui se passe au début, ce n'est donc pas ton métabolisme qui ralentit : c'est ce que tu manges en plus.

Reste le facteur que presque aucun article ne mentionne : combien tu fumais. Une analyse américaine sur dix ans, portant sur 12 204 adultes, a comparé la prise de poids de ceux qui avaient arrêté à celle de ceux qui continuaient. En dessous de 15 cigarettes par jour, la différence n'était même pas statistiquement significative. À 25 cigarettes ou plus, la prise attribuable à l'arrêt montait à 10,3 kg. Et la même étude porte le chiffre le plus mal connu du sujet : sur ces dix ans, ceux qui continuaient de fumer ont pris 3,5 kg.

Fumer ne te garde donc pas mince, ça décale ta courbe d'environ 5 kg vers le bas — et quand tu arrêtes, dit la revue de pharmacologie, « ton poids rejoint la même trajectoire poids-âge que celle observée chez les non-fumeurs ». Tu ne deviens pas plus lourd que quelqu'un qui n'a jamais fumé. Tu le rattrapes.

Ce que dit exactement le NHS

Le NHS consacre à la question une section entière, « Vais-je prendre du poids ? », et sa réponse tient en trois phrases :

« Le National Centre for Smoking Cessation and Training indique que la plupart des gens prennent un peu de poids après avoir arrêté de fumer. C'est normal, alors essaie de ne pas t'inquiéter. Les bénéfices de l'arrêt pour la santé sont bien supérieurs aux risques d'une prise de poids. »

Suivent trois conseils, et rien de plus : « bien manger », « bouger » — « des activités douces comme la marche peuvent t'aider à rester en forme et à réduire les envies » — et l'idée que certains substituts nicotiniques « peuvent aider à contrôler la prise de poids en accélérant la façon dont ton corps brûle les calories et en réduisant ton appétit ». Retiens surtout ce qui n'y est pas : ni régime, ni objectif de poids, ni programme. Deux habitudes, et le NHS passe à autre chose. La section suivante explique pourquoi.

Le piège : gérer son poids en même temps qu'on arrête

Il vient de la revue Cochrane 2021 sur les interventions destinées à prévenir la prise de poids après l'arrêt — 120 essais en tout. Sa conclusion générale est décourageante et honnête : « globalement, il n'existe aucune intervention pour laquelle on ait une certitude moyenne d'un effet cliniquement utile sur la prise de poids à long terme ».

Rien ne marche vraiment, donc. Mais un résultat va plus loin : une éducation détaillée à la gestion du poids, sans évaluation ni retour personnalisés, n'a pas réduit la prise de poids et « pourrait avoir réduit les taux d'arrêt du tabac » — risque relatif 0,66, intervalle 0,48 à 0,90, sur 522 participants. Un tiers d'arrêts réussis en moins. À l'autre bout, les interventions qui visaient à faire accepter la prise de poids ont augmenté les taux d'arrêt à six mois (risque relatif 1,42, intervalle 1,03 à 1,96, 619 participants), sans effet démontré à douze.

Deux précautions, parce qu'elles sont plus utiles que le résultat brut : les auteurs jugent eux-mêmes la certitude de ces preuves faible à très faible, et ils écrivent noir sur blanc qu'il n'existe « aucune preuve de certitude moyenne ou élevée que les interventions destinées à limiter la prise de poids réduisent les chances d'arrêter de fumer ». Ils refusent la conclusion facile, et nous aussi.

Ce qui reste est quand même une direction : rien n'indique que gérer ton poids pendant l'arrêt t'aidera à ne pas grossir, et le seul signal disponible sur tes chances d'arrêter penche du mauvais côté.

Ce que les kilos coûtent vraiment

Reste la question qui décide, et elle a une réponse chiffrée. Trois grandes cohortes américaines ont comparé la mortalité de ceux qui venaient d'arrêter à celle des fumeurs actifs, en séparant les groupes selon leur prise de poids. Chez ceux qui n'avaient pas grossi, le risque de mourir d'une maladie cardiovasculaire était réduit de 31 %. Chez ceux qui avaient pris plus de 10 kg, de 67 %.

Tous les groupes étaient nettement en dessous des fumeurs — et l'ordre entre eux ne se lit pas comme « grossir protège » : ce sont des cohortes d'observation, et les gens qui ne prennent pas de poids après un arrêt ne sont pas un groupe tiré au hasard. Ce que ces chiffres montrent, c'est qu'aucun groupe n'a perdu le bénéfice : une prise de poids importante « n'a pas annulé les bénéfices de l'arrêt du tabac sur la réduction de la mortalité cardiovasculaire et de la mortalité toutes causes ».

La même étude porte la seule mauvaise nouvelle honnête de cet article : le risque de diabète de type 2 augmente temporairement après l'arrêt, proportionnellement à la prise de poids, avec un pic 5 à 7 ans après — et chez ceux qui n'ont pas grossi, il n'augmente pas du tout. Les kilos ne sont donc pas gratuits. Ils sont juste infiniment moins chers que les cigarettes.

Dans quel ordre s'y prendre

Une seule chose à la fois, et le tabac d'abord : tu ne peux pas être en manque de nicotine et en restriction calorique le même mois sans que l'un des deux cède.

Ce qui reste raisonnable tient en trois lignes. Les deux habitudes du NHS — manger équilibré, bouger un peu — parce qu'elles ne coûtent aucune volonté supplémentaire. Une compensation plutôt qu'un interdit de plus, comme le suggère Tabac info service : « profiter de l'argent du tabac pour prendre soin de soi, se détendre, faire du sport, avoir des loisirs », « afin d'éviter la frustration » — c'est le manque non compensé qui finit en grignotage. Et si les kilos sont vraiment ce qui te bloque, dis-le à quelqu'un dont c'est le métier : l'Assurance Maladie range la prise de poids parmi les symptômes de sevrage que ton médecin « aide à prévenir », et le 39 89 met gratuitement au téléphone un tabacologue, parfois un tabacologue-nutritionniste.

Une app ne remplace ni l'un ni l'autre, et ne pèse rien. Loutra compte les jours, garde l'historique quand une journée se passe mal, et te montre ce que l'arrêt te rapporte en argent et en temps. Les trois mois pendant lesquels ta balance bouge sont exactement ceux où ce compteur sert à quelque chose.

Les questions qu'on nous pose

Est-ce qu'on grossit forcément quand on arrête de fumer ?

Non. Tabac info service le dit dans ces termes : « grossir est une des difficultés les plus redoutées au moment de l'arrêt du tabac, pourtant ce n'est pas systématique ». Et le chiffre existe : dans la méta-analyse de 62 essais publiée par le BMJ en 2012, 16 % des gens qui avaient arrêté depuis un an pesaient moins qu'au départ. Ce n'est pas une minorité négligeable — c'est une personne sur six.

Combien de kilos on prend en moyenne ?

Deux chiffres circulent, et ils ne disent pas la même chose. Le BMJ (2012), en agrégeant 62 essais cliniques, trouve 4,67 kg à douze mois chez ceux qui arrêtent sans traitement. Tabac info service annonce de son côté « en moyenne 2 à 4 kg ». L'écart n'est pas une contradiction : les essais cliniques suivent des gens pesés en consultation pendant un an entier, ce qui capte la prise tardive que personne ne déclare spontanément. Prends la fourchette basse pour te rassurer et la haute pour te préparer.

Pendant combien de temps est-ce qu'on continue de grossir ?

La courbe est très inégale : 1,12 kg au premier mois, 2,85 kg à trois mois, 4,23 kg à six mois, 4,67 kg à douze. Autrement dit, plus de la moitié de la prise annuelle est faite au bout de trois mois, et le douzième mois n'ajoute presque rien au sixième. Ce n'est pas une pente qui continue : c'est une marche, puis un plateau.

Est-ce que je vais devenir plus gros qu'une personne qui n'a jamais fumé ?

Rien ne l'indique. Une revue de pharmacologie clinique décrit la trajectoire ainsi : un fumeur pèse en moyenne 4 à 5 kg de moins qu'un non-fumeur, et quand il arrête, « son poids rejoint la même trajectoire poids-âge que celle observée chez les non-fumeurs ». Les kilos de l'arrêt ne sont pas un surplus par rapport aux autres gens : c'est le rattrapage d'un écart que la nicotine maintenait artificiellement.

Est-ce que je peux faire un régime en même temps que j'arrête de fumer ?

C'est la seule chose que la revue Cochrane 2021 signale comme potentiellement contre-productive. Une éducation détaillée à la gestion du poids, sans évaluation ni suivi personnalisés, n'a pas réduit la prise de poids et a été associée à moins d'arrêts réussis à douze mois (risque relatif 0,66, IC 95 % 0,48-0,90). La certitude de cette preuve est faible à très faible, et les auteurs refusent d'en conclure que gérer son poids fait rechuter. Mais rien, dans cette revue, ne montre l'inverse non plus.

Est-ce que les patchs empêchent de grossir ?

Pendant qu'on les porte, un peu ; après, on ne sait pas. Le NHS écrit que les substituts nicotiniques « peuvent aider à contrôler la prise de poids en accélérant la façon dont ton corps brûle les calories et en réduisant ton appétit ». La revue Cochrane chiffre cet effet à 0,52 kg en fin de traitement (21 essais, 2 784 participants), et à 0,37 kg à douze mois avec un intervalle de confiance qui traverse le zéro — trop imprécis pour conclure. Choisis ton substitut pour arrêter de fumer, pas pour ton poids.

Est-ce que le sport empêche de grossir à l'arrêt du tabac ?

Pas tout de suite, et peut-être plus tard. Les essais d'activité physique ne montrent quasiment rien en fin de traitement (0,25 kg de moins, intervalle traversant le zéro), mais 2,07 kg de moins à douze mois — sur trois essais et 182 personnes seulement, avec une certitude jugée faible. C'est le seul résultat à long terme de toute la revue, il est fragile, et l'activité physique a par ailleurs assez de raisons d'être là.

Est-ce que les kilos annulent le bénéfice d'avoir arrêté ?

Non, et c'est mesuré. Trois cohortes américaines suivies pendant des décennies ont comparé la mortalité de ceux qui venaient d'arrêter à celle de ceux qui continuaient de fumer, groupe de prise de poids par groupe de prise de poids. Y compris chez ceux qui avaient pris plus de 10 kg, le risque de mourir d'une maladie cardiovasculaire restait nettement inférieur à celui des fumeurs. Les auteurs concluent qu'une prise de poids importante « n'a pas annulé les bénéfices de l'arrêt du tabac sur la réduction de la mortalité cardiovasculaire et de la mortalité toutes causes ».

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Sources

  1. NHS — What could happen when you quit smoking (Better Health), section « Will I gain weight ? » — nhs.uk
  2. Tabac info service — Prise de poids en arrêtant de fumer — tabac-info-service.fr
  3. Tabac info service — Arrêt tabac et prise de poids — tabac-info-service.fr
  4. Aubin HJ, Farley A, Lycett D, Lahmek P, Aveyard P — Weight gain in smokers after quitting cigarettes: meta-analysis. BMJ 2012;345:e4439 — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
  5. Hartmann-Boyce J, Theodoulou A, Farley A et al. — Interventions for preventing weight gain after smoking cessation. Cochrane Database of Systematic Reviews 2021;10:CD006219 — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
  6. Hu Y, Zong G, Liu G et al. — Smoking cessation, weight change, type 2 diabetes, and mortality. New England Journal of Medicine 2018;379(7):623-632 — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
  7. Veldheer S, Yingst J, Zhu J, Foulds J — Ten-year weight gain in smokers who quit, smokers who continued smoking and never smokers in the United States, NHANES 2003-2012. International Journal of Obesity 2015;39(12):1727-1732 — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
  8. Audrain-McGovern J, Benowitz NL — Cigarette smoking, nicotine, and body weight. Clinical Pharmacology & Therapeutics 2011;90(1):164-168 — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
  9. ameli.fr — Les astuces pour arrêter de fumer et le sevrage tabagique — ameli.fr
  10. Tabac info service — Le 39 89 — tabac-info-service.fr