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Patch, gomme ou spray : lequel choisir ?

Publié le 7 septembre 2026 · 7 min de lecture

Par Loutra · Sources (11)

La réponse courte

Aucune des trois, et c'est la vraie réponse. Les essais qui ont comparé un patch à une forme rapide face à face — huit essais, 3 319 participants — ne trouvent aucune différence (risque relatif 0,90, intervalle 0,77 à 1,05), avec une preuve de certitude élevée. Ce qui change les chances, c'est le nombre et la dose : un patch plus une forme rapide donnent 27 % d'arrêts en plus qu'une forme seule, et une gomme à 4 mg fait mieux qu'une à 2 mg. La Haute Autorité de santé, Tabac info service et le NHS disent tous les trois de les associer. Donc : prends la forme rapide qui te convient, et prends-en deux.

Une pharmacienne présente un patch, des gommes et un spray sur un comptoir.

« Laquelle ? » est la question la plus posée, et la moins décisive

Il y a un mur de boîtes en pharmacie, un budget, et l'envie qu'on te dise laquelle prendre. La question a été posée à la recherche, proprement : on tire au sort qui reçoit un patch et qui reçoit une forme rapide, et on compte qui ne fume toujours pas six mois plus tard.

La revue Cochrane qui rassemble ces essais ne porte pas sur l'efficacité des substituts — celle-là est réglée depuis longtemps — mais sur la façon de s'en servir : quelles formes, quelles doses, pendant combien de temps. Elle compte 68 essais et 43 327 participants.

Sur la comparaison directe entre une forme rapide et un patch, huit essais et 3 319 participants, son verdict tient en un chiffre : risque relatif 0,90, intervalle de confiance 0,77 à 1,05. Aucune différence détectable. Et ce n'est pas un « on n'a pas assez de données » : Cochrane classe cette preuve « de certitude élevée », son niveau le plus haut. Le résumé grand public de la revue le dit sans détour — les fumeurs « ont la même chance d'arrêter avec succès qu'ils utilisent un patch de nicotine ou un autre type de substitut, comme une gomme, une pastille ou un spray nasal ».

Autrement dit, la demi-heure passée devant le rayon à hésiter entre deux boîtes ne se joue pas là. Elle se joue sur les deux sections qui suivent.

Ce qui décide, c'est le nombre

La même revue a comparé une forme seule à deux formes ensemble : un patch, qui diffuse en continu, plus une forme rapide qu'on prend au moment où l'envie monte.

+27 % D'arrêts en plus avec un patch et une forme rapide, comparé à une forme seule : risque relatif 1,27 (IC 95 % 1,17 à 1,37), 16 essais, 12 169 participants. Certitude élevée — c'est le résultat le mieux établi de tout le sujet.

Les trois autorités qui comptent disent ici exactement la même chose, ce qui est assez rare pour être noté. L'Assurance Maladie, qui reprend la position française : « La Haute Autorité de santé préconise de combiner les deux. » Tabac info service : « Il existe deux catégories de substituts nicotiniques et il est recommandé de les associer pour plus d'efficacité. » Et le NHS : « La meilleure approche est de combiner une source rapide de nicotine, comme un spray buccal, avec une source lente comme un patch. »

Une chose à ne pas déduire de tout ça. L'autre grande revue Cochrane — celle qui compare les substituts à rien du tout, 133 essais et 64 640 participants — donne aussi un chiffre par forme : gomme 1,49, patch 1,64, comprimés et pastilles 1,52, inhalateur 1,90, spray nasal 2,02. Ça ressemble à un classement, ce n'en est pas un : chacun de ces chiffres vient d'essais différents, contre placebo, sur des populations différentes. Les seuls essais qui ont mis deux formes face à face sont ceux du paragraphe précédent, et ils ne départagent rien.

Le deuxième levier, c'est la dose

Deux comparaisons de la revue, et elles vont dans le même sens :

  • gomme à 4 mg contre 2 mg : risque relatif 1,58 (1,29 à 1,93), 5 essais, 1 075 participants, certitude élevée ;
  • patch 21 mg contre 14 mg (format 24 h) : 1,48 (1,06 à 2,08), mais un seul essai et 537 participants — le manque de précision fait descendre la certitude à « modérée ».

Et la borne haute, tout aussi utile à connaître : un patch de 42 ou 44 mg ne fait pas mieux qu'un 21/22 mg — 1,09 (0,93 à 1,29). Monter en dose aide jusqu'à un point, puis ça s'arrête.

Reste à savoir quelle dose. Tabac info service donne la règle de calcul, et elle n'a rien d'ésotérique : « En moyenne, 1 cigarette = 1 mg de nicotine, mais si on aspire fort ça peut monter jusqu'à 2 ou 3 mg par cigarette ! » Le service détaille ailleurs : une cigarette manufacturée délivre en moyenne 1 mg, une cigarette tubée 1,5 mg, une roulée 2 mg. Puis la répartition entre les deux formes — « comptez les deux tiers de la dose totale » pour le patch, le reste en forme orale. Pour quelqu'un à 15-20 cigarettes par jour, l'exemple donné est « un patch de 14 mg et 4 à 6 gommes, ou un patch de 21 mg qui vous permettrait d'utiliser moins de gommes ».

Un dernier repère qui évite de descendre trop vite : « Les patchs de nicotine doivent être portés à chaque dosage pendant 4 semaines minimum avant de passer au dosage inférieur. »

Alors, laquelle prendre ?

Puisque les essais ne tranchent pas, le choix redevient pratique — et c'est une bonne nouvelle, parce que les critères pratiques, tu es le seul à les connaître. À quelle vitesse tu as besoin d'être soulagé, où tu es quand les envies arrivent, ce que tu peux sortir devant des collègues, ce que tu supportes en goût.

Trois choses comptent plus que la marque :

  • La gomme a une techniqueLe NHS décrit le principe en une phrase : « tu mâches la gomme puis tu la laisses reposer à l'intérieur de la joue, pour délivrer la nicotine à travers la paroi de la bouche et de la gorge ». Tabac info service donne le protocole complet : mastiquer une dizaine de fois, poser la gomme sous la langue, attendre 5 minutes sans mâcher, recommencer de l'autre côté, « continuer ainsi pendant 30 minutes, soit 3 fois de chaque côté ». Ce n'est pas un geste de trente secondes.
  • Le patch existe en deux formats24 h ou 16 h. Le choix se discute surtout si tu dors mal — c'est tout un sujet, avec un effet mesuré du patch sur l'insomnie.
  • Tout n'est pas remboursé pareilL'Assurance Maladie le précise noir sur blanc : « certains sprays et des inhaleurs ne sont pas pris en charge » et restent en prix libre. Sur trois mois de traitement, ça pèse.

Ce que dit exactement le NHS

Le NHS est le service public qui donne les consignes les plus explicites sur les substituts, et il vaut mieux les lire dans le texte que résumées :

« Les substituts nicotiniques sont des produits qui donnent à ton corps des quantités plus faibles de nicotine, mais sans les produits chimiques dangereux contenus dans les cigarettes. » — « Ils sont sûrs, leur efficacité est prouvée, et ils peuvent doubler tes chances d'arrêter définitivement. » — « Utilise autant de substituts que nécessaire pour gérer tes envies. » — « Si tu es un gros fumeur, tu devrais commencer par un dosage plus élevé. »

Un écart mérite d'être signalé, parce qu'il saute aux yeux quand on lit les deux : le NHS écrit « doubler tes chances », la mesure dit +50 à 60 %. Le chiffre exact vient de la revue Cochrane des substituts contre placebo — risque relatif 1,55 (1,49 à 1,61), preuve de haute qualité, 133 essais et 64 640 participants. Et c'est mot pour mot ce qu'écrit Tabac info service : « ils augmentent de 50 à 60 % vos chances de tenir bon dans votre arrêt pendant au moins 6 mois ». Le « doubler » britannique est un arrondi de communication. Le vrai chiffre reste considérable pour quelque chose qui s'achète en pharmacie.

Ce que presque personne ne fait : commencer avant

Il y a un dernier résultat dans la revue, et il est contre-intuitif : commencer les substituts avant la date d'arrêt, en fumant encore, plutôt que le jour J. Neuf essais, 4 395 participants, risque relatif 1,25 (1,08 à 1,44).

La certitude est « modérée », limitée par le risque de biais des essais, et Cochrane pose elle-même la réserve : commencer avant « pourrait aider davantage de personnes à arrêter, mais il faut plus de données pour renforcer cette conclusion ». Ni le NHS ni Tabac info service ne le mettent en avant dans leurs pages grand public. C'est donc une question à poser à un médecin ou à un tabacologue, pas une décision à prendre seul devant un rayon — mais c'est une vraie question, et elle a un chiffre derrière elle.

Par où commencer

Une ordonnance, d'abord, parce que c'est elle qui déclenche le remboursement : « il vous faudra l'ordonnance d'un professionnel de santé (médecin, infirmier, chirurgien-dentiste, sage-femme ou masseur-kinésithérapeute) », et la prise en charge est de 65 % depuis le 1er janvier 2019, sans le plafond annuel de 150 € qui circule encore partout. Le 39 89 met un tabacologue au téléphone gratuitement, et c'est exactement le genre de conversation de cinq minutes — quelle dose, quelles deux formes, combien de temps — qui a une vraie réponse. Le reste du budget, si la question se pose, se compare vite à ce que coûte un paquet par jour.

Loutra ne dose rien et ne remplace pas ce rendez-vous. Elle fait l'autre moitié du travail, celle qu'aucun patch ne fait : un point par jour, le compteur de jours sans, et l'historique qui reste entier quand une journée se passe mal. Les substituts s'occupent du manque. Le reste, c'est douze semaines à tenir.

Les questions qu'on nous pose

Est-ce qu'on peut porter un patch et mâcher une gomme en même temps ?

Oui, et c'est même la recommandation officielle des deux côtés de la Manche. L'Assurance Maladie l'écrit ainsi : « La Haute Autorité de santé préconise de combiner les deux. » Ce n'est pas un surdosage improvisé : le patch couvre environ les deux tiers de la dose totale selon Tabac info service, la forme rapide sert aux moments difficiles. C'est aussi la seule chose de tout le domaine qui porte une preuve Cochrane de certitude élevée : +27 % d'arrêts par rapport à une forme unique.

Combien de temps faut-il garder les substituts ?

Plus longtemps que ce que la plupart des gens font. Le NHS écrit : « Il est recommandé d'utiliser les substituts pendant environ 12 semaines, ou aussi longtemps qu'ils sont nécessaires pour t'empêcher de refumer. » Tabac info service donne une fourchette plus large : « En général, le traitement dure entre 3 et 6 mois. » Sur les patchs, le service précise qu'ils « doivent être portés à chaque dosage pendant 4 semaines minimum avant de passer au dosage inférieur ». La revue Cochrane, elle, n'a trouvé aucune preuve claire d'un effet de la durée d'utilisation du patch — ce qui veut dire que rien ne récompense un arrêt anticipé, et que le calendrier se décide avec un professionnel plutôt qu'au feeling.

Est-ce que ce n'est pas remplacer une dépendance par une autre ?

Le NHS répond à ça par ce qu'il y a dedans, pas par une promesse : les substituts « donnent à ton corps des quantités plus faibles de nicotine, mais sans les produits chimiques dangereux contenus dans les cigarettes ». C'est un produit dosé, qui se réduit par paliers et qui a une fin prévue. Côté sécurité, la grande revue Cochrane des substituts contre placebo relève des douleurs thoraciques ou des palpitations chez 2,5 % des personnes sous substituts contre 1,4 % sans — un événement qualifié d'extrêmement rare dans les deux groupes.

Est-ce que les substituts aident aussi à arrêter de vapoter ?

Non, ou en tout cas personne ne l'a montré. C'est une différence réelle entre les deux sujets, et elle est documentée : sur l'arrêt du vapotage, les substituts combinés donnent un risque relatif de 0,96 (0,73 à 1,25) — rien de détectable. Tout ce que tu viens de lire vaut pour la cigarette, pas pour la vape ; le détail est dans l'article sur l'arrêt de la vape, et la hiérarchie posée par le NHS y reste valable : ne pas refumer passe avant arrêter de vapoter.

Mon patch m'empêche de dormir. Je fais quoi ?

C'est un effet connu et mesuré, et le format du patch fait partie de la réponse : il existe en 24 h et en 16 h, et Tabac info service tranche pour la nuit en une phrase — « Il suffit alors de le retirer en se couchant. » Le sujet a sa propre page ici, avec les chiffres et l'autre cause qu'on oublie systématiquement : pourquoi je dors mal depuis que j'ai arrêté de fumer.

Faut-il une ordonnance ?

Pour être remboursé, oui. Tabac info service : « Pour être remboursé par l'Assurance Maladie, sans avance de frais, il vous faudra l'ordonnance d'un professionnel de santé (médecin, infirmier, chirurgien-dentiste, sage-femme ou masseur-kinésithérapeute). » La liste des prescripteurs est plus large qu'on ne le croit, la prise en charge est de 65 % depuis le 1er janvier 2019, et le plafond de 150 € par an qui circule encore partout n'existe plus. À noter quand même : « certains sprays et des inhaleurs ne sont pas pris en charge » et restent en prix libre.

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Sources

  1. NHS — Quit smoking with nicotine replacement therapies (NRTs) (Better Health) — nhs.uk
  2. NHS — Find the best stop smoking product for you (Better Health) — nhs.uk
  3. Theodoulou A, Chepkin SC, Ye W et al. — Different doses, durations and modes of delivery of nicotine replacement therapy for smoking cessation. Cochrane Database of Systematic Reviews 2023;CD013308.pub2 — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
  4. Cochrane — Quelle est la meilleure façon d'utiliser les substituts nicotiniques pour arrêter de fumer ? (résumé grand public de la revue CD013308) — cochrane.org
  5. Hartmann-Boyce J, Chepkin SC, Ye W, Bullen C, Lancaster T — Nicotine replacement therapy versus control for smoking cessation. Cochrane Database of Systematic Reviews 2018;CD000146.pub5 — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
  6. Tabac info service — Je choisis un traitement adapté pour arrêter de fumer — tabac-info-service.fr
  7. Tabac info service — Dosage patchs et gomme (la règle de calcul et la technique de la gomme) — tabac-info-service.fr
  8. Tabac info service — Posologie des substituts nicotiniques (nicotine délivrée par cigarette, paliers du patch) — tabac-info-service.fr
  9. Assurance Maladie — Arrêt du tabac : quelle prise en charge pour les substituts nicotiniques ? — ameli.fr
  10. Assurance Maladie — Substituts nicotiniques (règles de délivrance et de prise en charge) — ameli.fr
  11. Tabac info service — Le 39 89 — tabac-info-service.fr