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Arrêter à deux : est-ce que ça aide ?

Publié le 16 septembre 2026 · 7 min de lecture

Par Loutra · Sources (15)

La réponse courte

Oui, et c'est l'un des écarts les plus larges jamais mesurés sur l'arrêt du tabac — mais pas pour la raison qu'on croit. Ce qui pèse, ce n'est pas d'être soutenu : c'est que l'autre arrête aussi. Dans une cohorte britannique de 3 722 couples, 48 % des hommes et 50 % des femmes qui fumaient ont arrêté quand leur conjoint arrêtait au même moment, contre 8 % quand il continuait. À l'inverse, les essais qui ont entraîné un proche à être soutenant ne montrent aucun effet (RR 0,97). Et la revue Cochrane explique elle-même pourquoi : sur ses 14 essais, deux seulement exigeaient que les deux partenaires soient fumeurs.

« À deux » veut dire deux choses, et elles ne valent pas pareil

Il y a la version où quelqu'un t'accompagne : il sait que tu arrêtes, il te demande comment ça va, il ne t'en propose pas. Et il y a la version où l'autre écrase sa dernière cigarette le même soir que toi. On appelle les deux « arrêter à deux », et la recherche les sépare très proprement — l'une des deux porte un des écarts les plus larges jamais mesurés sur l'arrêt du tabac, l'autre ne montre rien du tout.

Quand l'autre arrête aussi, l'échelle change

Sarah Jackson, Andrew Steptoe et Jane Wardle ont utilisé l'English Longitudinal Study of Ageing, une cohorte britannique de personnes de 50 ans et plus : 3 722 couples mariés ou vivant ensemble, suivis dans le temps. Parmi ceux où l'un des deux fumait au départ, la question était simple — que devient ce fumeur selon ce que fait l'autre ?

48 % contre 8 % La part de fumeurs qui ont arrêté quand leur conjoint arrêtait au même moment, contre ceux dont le conjoint a continué de fumer. Même cohorte, même période, 50 % chez les femmes.

Le rapport de cotes ajusté est de 11,82 chez les hommes (IC 95 % : 4,84-28,90) et de 11,23 chez les femmes. Le même schéma apparaît sur l'activité physique et sur la perte de poids, avec des écarts plus petits. C'est une cohorte observée, pas un essai : personne n'a tiré au sort qui arrêterait en même temps que son conjoint.

Le second résultat est celui qu'on n'aurait pas parié. Avoir un conjoint qui vient d'arrêter prédit mieux l'arrêt qu'avoir un conjoint qui n'a jamais fumé : rapport de cotes de 3,08 chez les hommes et 5,45 chez les femmes, en faveur de celui qui arrête au même moment. Autrement dit, le non-fumeur permanent — la personne dont tout le monde pense qu'elle est le bon environnement — pèse moins que quelqu'un qui traverse la même semaine que toi. La conclusion des auteurs : « les hommes et les femmes ont plus de chances de changer un comportement de santé si leur partenaire le fait aussi, et avec un effet plus fort que si le partenaire avait toujours été sain dans ce domaine. »

Ça déborde du couple, et c'est là qu'il faut lire la limite

Nicholas Christakis et James Fowler ont regardé plus large : 12 067 personnes de l'étude de Framingham, suivies de 1971 à 2003, avec leurs liens de parenté, d'amitié, de travail et de voisinage. L'arrêt d'un conjoint fait baisser de 67 % la probabilité qu'une personne fume (IC 95 % : 59-73). Celui d'un frère ou d'une sœur, de 25 %. Celui d'un ami, de 36 %. Celui d'un collègue, dans une petite entreprise, de 34 %. Chez les voisins immédiats : rien. Et les grappes de fumeurs gardent la même taille au fil des décennies, ce qui suggère, écrivent-ils, que « des groupes entiers arrêtaient de concert ».

C'est spectaculaire, et la réserve est arrivée quelques mois plus tard. Ethan Cohen-Cole et Jason Fletcher ont appliqué la même méthode statistique à des choses qui ne peuvent pas se transmettre entre amis : l'acné, les maux de tête et la taille. Ils ont trouvé des « effets de réseau » pour les trois — la taille d'un adolescent augmentant de 20 % de celle de son ami. Après ajustement sur l'environnement partagé, « les résultats deviennent uniformément plus petits et non significatifs », et les auteurs concluent que « les chercheurs devraient être prudents avant d'attribuer à des effets de réseau les corrélations observées entre les résultats de santé d'amis proches ».

Deux personnes qui arrêtent ensemble partagent aussi un appartement, un budget, un médecin et un cendrier. La direction est solide, sa taille est discutable.

Ce qu'on a essayé de fabriquer, en revanche, ne donne rien

Puisque le soutien d'un proche semble compter, on a essayé de le produire : former le conjoint, l'ami ou le collègue à être soutenant, et l'ajouter à un programme d'arrêt. La revue Cochrane de Babalola Faseru et ses collègues rassemble 14 essais randomisés et 3 370 participants. À six à neuf mois, le rapport de risque est de 0,97 (IC 95 % : 0,83-1,14 ; 12 essais, 2 818 participants). À douze mois ou plus, 1,04 (IC 95 % : 0,88-1,22). Rien. Certitude jugée faible.

Avant d'en conclure quoi que ce soit, deux phrases de la revue. La première : sur les onze essais qui ont mesuré le soutien reçu, deux seulement ont constaté qu'il avait réellement augmenté. L'intervention n'a pas fait ce qu'elle annonçait, et les auteurs recommandent que la recherche future « se concentre sur la mise au point d'interventions comportementales qui augmentent effectivement le soutien du partenaire ».

La seconde est décisive ici : « deux essais seulement, parmi ceux inclus dans cette revue, exigeaient que les deux partenaires soient fumeurs » — et ces deux-là appariaient des participants d'un même programme, donc des inconnus. Le statut tabagique des soutiens variait, mais la plupart étaient non-fumeurs. Cette revue n'a donc jamais testé « arrêter à deux » : elle a testé « être soutenu par quelqu'un qui ne fume pas », c'est-à-dire exactement la configuration que la cohorte britannique classe la moins efficace des deux.

La revue plus ancienne de Susan May et Robert West, dans Tobacco Control, disait déjà la même chose autrement : dix essais de systèmes de parrainage, deux résultats positifs, et un constat sur l'état de la littérature — « la méthodologie de recherche était dans de nombreux cas médiocre ».

Ce qui est organisable et qui marche : le groupe

Il existe une façon d'être plusieurs qui a été testée sérieusement, et c'est la plus institutionnelle : le groupe animé par un professionnel. La revue Cochrane de Lindsay Stead, Allison Carroll et Tim Lancaster réunit 66 essais. Contre un programme d'auto-support, le groupe donne un rapport de risque de 1,88 (IC 95 % : 1,52-2,33 ; 13 essais, 4 395 participants, certitude modérée). Contre rien du tout, 2,60. Contre un simple conseil d'un soignant, 1,22.

Et contre un suivi individuel de même intensité : 0,99 (IC 95 % : 0,76-1,28). Aucune différence. « La thérapie de groupe aide mieux à arrêter de fumer que l'auto-support et que les interventions moins intensives. Les preuves sont insuffisantes pour évaluer si les groupes sont plus efficaces, ou plus rentables, qu'un suivi individuel intensif. » Ce qui est mesuré, ce n'est donc pas le nombre de personnes dans la pièce, mais le fait d'être accompagné régulièrement par quelqu'un de formé.

Ce que dit exactement le NHS

Sa page destinée à l'entourage s'ouvre sur l'affirmation la plus nette du sujet : « les recherches montrent que les fumeurs qui ont quelqu'un pour les aider dans leur parcours d'arrêt ont plus de chances d'arrêter pour de bon ». La revue Cochrane ne la contredit pas : l'une décrit ce qu'on observe chez les gens qui ont déjà quelqu'un, l'autre mesure ce qui se passe quand on essaie de le fabriquer. Rien n'oblige les deux à donner le même résultat.

Le reste de la page est surtout une liste de choses à ne pas faire. « La plupart des fumeurs connaissent les risques du tabac, alors essaie de ne pas le harceler ni de lui faire la leçon. » S'il n'est pas prêt : « essaie de respecter sa décision. Explique ce que ça te fait et aide-le à comprendre ce que tu ressens, mais essaie de ne pas le forcer à arrêter. » Pour celui qui fume encore : « Si tu fumes, aide-le en ne fumant pas autour de lui ni dans les espaces partagés. »

Ce que le NHS propose à la place de convaincre tient en une ligne : « comptez ensemble ses jours sans tabac. C'est motivant de les voir s'additionner ! » Et côté professionnel, ses services locaux d'arrêt du tabac « proposent des séances individuelles ou en groupe, en présentiel, par téléphone ou en visio », avec un accompagnement expert qui rend « 3 fois plus susceptible d'arrêter pour de bon ».

Côté français, l'arrêt collectif est une politique publique

La France n'a pas attendu la littérature pour trancher : depuis 2016, son principal dispositif d'arrêt est un défi collectif. Mois sans tabac, écrit Tabac info service, est un « challenge collectif » qui revient chaque novembre, et le service range « un soutien collectif » parmi les aides qu'il propose, à côté du kit et des consultations gratuites de tabacologie. Santé publique France en donne l'échelle : plus de 2,35 millions de personnes ont tenté l'arrêt à cette occasion depuis 2016, dont près de 134 000 inscrits en 2024. Le chiffre qui circule — « les études montrent qu'arrêter de fumer lors de Mois sans tabac multiplie par 2 la réussite de l'arrêt du tabac 1 an après » — ne dit pas pour autant que le collectif fait le travail à lui seul : ce qui est évalué, c'est le dispositif entier.

Pour le quotidien, Tabac info service est concret. Vis-à-vis des amis : « Annoncez à vos amis fumeurs que vous ne fumez plus et que vous avez besoin de leur soutien. » Vis-à-vis d'un foyer qui fume, il conseille de négocier des arrangements plutôt que des encouragements — « ne pas laisser de cigarettes à portée de vue », « ne pas fumer dans certaines pièces de la maison ». Et vis-à-vis de quelqu'un qu'on voudrait convaincre, il écrit ce que le NHS écrit aussi : « il s'agit d'une décision personnelle qu'il doit prendre, à son rythme et en fonction de sa motivation personnelle », faute de quoi « le risque est qu'il se braque ». Quant à l'application publique d'arrêt, l'Assurance Maladie la décrit d'une formule qui dit bien où le pays met le curseur : elle « transforme vos proches en supporters ».

Ce qu'on peut faire de tout ça

Un conjoint fumeur qui arrête le même jour, ça ne se recrute pas. Ce que les données autorisent à dire est plus modeste : si quelqu'un fume à côté de toi et qu'il y pense, la date commune est la chose la plus lourde du dossier — jamais testée en essai, mais c'est elle qui sépare 48 % de 8 % en observation.

Si personne n'arrête avec toi, ce qui reste est mesuré : un accompagnement régulier par quelqu'un de formé, individuel ou en groupe, et le fait de dire où tu en es. La méta-analyse de Benjamin Harkin trouve un effet plus fort sur l'atteinte d'un objectif quand les résultats sont « rapportés ou rendus publics » — avec sa limite, expliquée dans l'article sur le compteur : c'est une comparaison entre études, pas un essai qui aurait tiré au sort qui en parle et qui se tait. Ce qui n'est démontré nulle part, en revanche, c'est qu'un proche formé à t'encourager change quoi que ce soit. Quatorze essais ont cherché.

Les questions qu'on nous pose

Et si mon conjoint fume et ne veut pas arrêter ?

Le 8 % de la cohorte britannique est un taux de départ, pas un verdict : ces gens ont arrêté quand même. Ce que les deux services publics conseillent dans ce cas, c'est de négocier des arrangements plutôt que des encouragements. Tabac info service suggère de « demander à vos parents de ne pas laisser de cigarettes à portée de vue, de ne pas fumer dans certaines pièces de la maison ». Le NHS dit la même chose à la personne qui fume encore : « Si tu fumes, aide-la en ne fumant pas autour d'elle ni dans les espaces partagés. »

Un ami qui n'a jamais fumé, ça aide autant ?

Moins, d'après la seule étude qui a comparé les deux. Dans l'English Longitudinal Study of Ageing, avoir un conjoint qui vient d'arrêter prédit mieux l'arrêt qu'avoir un conjoint qui n'a jamais fumé : rapport de cotes de 3,08 chez les hommes et 5,45 chez les femmes, en faveur de celui qui arrête au même moment. Un non-fumeur permanent fait partie du décor ; quelqu'un qui arrête en même temps que toi traverse la même semaine.

Faut-il arrêter le même jour ?

Aucun essai comparant « arrêter le même jour » à « arrêter l'un après l'autre » n'a été trouvé pour cet article — et la revue Cochrane sur le soutien des proches note qu'elle-même ne l'a pas testé. Ce qui existe est une étude de journal quotidien chez des couples où les deux fumaient et arrêtaient ensemble : les réussites d'un jour et la confiance en soi de l'un suivaient celles de l'autre, mais voir son partenaire tenir n'augmentait pas sa propre confiance. Le mécanisme n'est donc pas l'exemple.

Un groupe en ligne, ça compte comme un groupe ?

Ce n'est pas ce qui a été mesuré. Les 66 essais de la revue Cochrane portent sur des groupes qui se réunissent, avec un animateur formé. Le seul chiffre disponible sur un outil qui tourne tout seul est celui des applications d'arrêt : RR 1,00, c'est-à-dire aucun effet détecté — c'est détaillé dans l'article sur le compteur de jours. Absence de preuve n'est pas preuve d'absence, mais personne ne peut aujourd'hui te promettre l'inverse.

Comment aider quelqu'un sans le braquer ?

Les deux services publics disent exactement la même chose, et c'est d'abord une liste de choses à ne pas faire. Le NHS : « essaie de ne pas le harceler ni lui faire la leçon », « le mieux est de te laisser guider par lui », et s'il n'est pas prêt, « essaie de respecter sa décision ». Tabac info service : « il s'agit d'une décision personnelle qu'il doit prendre, à son rythme », sans quoi « le risque est qu'il se braque ». Ce que le NHS propose de faire, à la place : « comptez ensemble ses jours sans tabac ».

Est-ce que Mois sans tabac prouve que l'arrêt collectif marche ?

Pas tout seul. Tabac info service écrit que « les études montrent qu'arrêter de fumer lors de Mois sans tabac multiplie par 2 la réussite de l'arrêt du tabac 1 an après », mais ce qui est évalué là est un dispositif entier : un kit, des consultations gratuites de tabacologie, une date commune, un soutien collectif. Le fait d'être plusieurs en est un ingrédient parmi d'autres, jamais isolé.

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Sources

  1. NHS — How to help someone quit smoking (ce qu'il faut faire et surtout ne pas faire quand on accompagne quelqu'un) — nhs.uk
  2. NHS — Find your local Stop Smoking Service (séances individuelles ou en groupe, 3 fois plus de chances avec un accompagnement professionnel) — nhs.uk
  3. Jackson SE, Steptoe A, Wardle J — The influence of partner's behavior on health behavior change: the English Longitudinal Study of Ageing. JAMA Internal Medicine 2015;175(3):385-392 — pubmed.ncbi.nlm.nih.gov
  4. Christakis NA, Fowler JH — The collective dynamics of smoking in a large social network. New England Journal of Medicine 2008;358(21):2249-2258 — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
  5. Cohen-Cole E, Fletcher JM — Detecting implausible social network effects in acne, height, and headaches: longitudinal analysis. BMJ 2008;337:a2533 — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
  6. Faseru B, Richter KP, Scheuermann TS, Park EW — Enhancing partner support to improve smoking cessation. Cochrane Database of Systematic Reviews 2018, CD002928 — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
  7. Stead LF, Carroll AJ, Lancaster T — Group behaviour therapy programmes for smoking cessation. Cochrane Database of Systematic Reviews 2017, CD001007 — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
  8. May S, West R — Do social support interventions (« buddy systems ») aid smoking cessation? A review. Tobacco Control 2000;9(4):415-422 — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
  9. Warner LM et al. — Day-to-day mastery and self-efficacy changes during a smoking quit attempt: two studies. British Journal of Health Psychology 2018;23(2):371-386 — pubmed.ncbi.nlm.nih.gov
  10. Harkin B et al. — Does monitoring goal progress promote goal attainment? A meta-analysis of the experimental evidence. Psychological Bulletin 2016;142(2):198-229 — pubmed.ncbi.nlm.nih.gov
  11. Tabac info service — Mois sans tabac (le challenge collectif, le soutien collectif, la réussite à un an) — tabac-info-service.fr
  12. Tabac info service — Arrêter de fumer avec un entourage qui fume (annoncer son arrêt, préparer les soirées ; 39 89) — tabac-info-service.fr
  13. Tabac info service — Aider mon conjoint à arrêter de fumer (la décision personnelle, le risque de braquer) — tabac-info-service.fr
  14. Santé publique France — 10e édition de Mois sans tabac (défi collectif, 2,35 millions de participants depuis 2016) — santepubliquefrance.fr
  15. ameli.fr — Les astuces pour arrêter de fumer et le sevrage tabagique (arrêter en groupe, les proches en supporters) — ameli.fr