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Addiction au jeu d'argent : où trouver de l'aide

Publié le 21 octobre 2026 · 7 min de lecture

Par Loutra · Sources (23)

La réponse courte

Le premier numéro est celui de Joueurs info service, le service d'aide à distance de Santé publique France : 09 74 75 13 13, 7 j/7 de 8 h à 23 h, appel anonyme et non surtaxé, avec un tchat de 12 h à 19 h. Pour se fermer les portes, l'interdiction volontaire de jeux se demande en ligne auprès de l'ANJ : elle vaut trois ans minimum pour les casinos, les clubs de jeux, les sites agréés et les comptes FDJ et PMU — mais pas pour le comptoir du bar-tabac. Pour se soigner, les CSAPA reçoivent gratuitement et anonymement dans tous les départements. Et si les idées tournent au noir, le 3114 répond jour et nuit.

La loutre de Loutra au téléphone à une table de cuisine, à côté d’un portefeuille fermé par un cadenas et d’une tasse de thé.

Il n'existe pas de montant à partir duquel « ça compte »

Quand tu te poses la question, tu as souvent déjà fait le compte de ce que tu as perdu, et tu cherches le chiffre qui dirait si c'est grave. Il n'existe pas. L'Organisation mondiale de la santé décrit le trouble du jeu d'argent par trois critères : une « perte de contrôle sur le jeu », une « priorité croissante accordée au jeu » au détriment des autres activités, et la « poursuite du jeu malgré des conséquences négatives ». Aucun ne parle de somme, de fréquence, ni même de manque. C'est le critère que le blog applique déjà aux écrans dans l'article sur le temps d'écran : la perte de contrôle, jamais un nombre.

Joueurs info service décrit le moment où ça bascule en une phrase : « L'espoir de gagner se transforme en espoir de se refaire. » Jouer devient une façon de récupérer l'argent perdu, et c'est le premier signe de la liste de l'Autorité nationale des jeux (ANJ) : « Après une perte, le joueur rejoue immédiatement pour tenter de gagner l'argent perdu. »

La plupart des gens n'en parlent à personne

En France, le dernier Baromètre de Santé publique France sur le sujet, mené en 2019, estimait à 370 000 le nombre de joueurs excessifs et à un million celui des joueurs à risque modéré. Combien demandent de l'aide ? Aucune des sources françaises consultées pour cet article ne le chiffre. Une méta-analyse de 2022 a rassemblé les enquêtes représentatives disponibles — australiennes, néo-zélandaises et nord-américaines.

1 sur 5 La part des personnes ayant un problème de jeu qui ont déjà cherché de l'aide, en comptant une simple conversation avec un proche. Treize enquêtes, 20,6 %.

Le chiffre exact est de 20,6 % (IC 95 % : 12,9-31,4), et il compte large : toute démarche volontaire pour changer, du professionnel à l'ami en passant par l'auto-assistance. Les auteurs signalent un risque de biais élevé et des questions posées différemment d'une enquête à l'autre. L'OMS donne la raison la plus souvent avancée : « la stigmatisation et la honte empêchent souvent les gens de demander de l'aide ». Ce qui suit est donc d'abord une liste d'endroits où personne ne te demandera de te justifier.

Le premier appel est anonyme

Joueurs info service dépend de Santé publique France depuis 2016. Depuis le 1er octobre 2026, sa ligne, le 09 74 75 13 13, est ouverte 7 j/7 de 8 h à 23 h — appel anonyme et non surtaxé —, et son tchat de 12 h à 19 h. Il répond aussi aux proches et tient deux forums, l'un pour les joueurs, l'autre pour l'entourage. Il n'est pas réservé aux situations extrêmes : « l'aide est gratuite et il est conseillé de ne pas attendre d'être dans une phase de désespoir pour y avoir recours ».

L'entraide entre joueurs existe, mais le service est franc sur sa taille : ces groupes « sont peu développés en France ». Gamblers Anonymes tient chaque semaine deux réunions virtuelles et une réunion physique, à Paris. L'association SOS Joueurs propose un accompagnement par des professionnels, à distance ou sur place, au 09 69 39 55 12.

L'interdiction volontaire ferme beaucoup de portes, pas toutes

C'est l'outil le plus fort, et il se demande seul, sur le portail de l'ANJ (interdictiondejeux.anj.fr), avec une pièce d'identité et un selfie de vérification : l'ANJ écrit qu'on peut alors être interdit « en quelques jours seulement ». L'interdiction ferme l'entrée des casinos et des clubs de jeux, les sites agréés (paris sportifs, hippiques, poker) et les jeux de la FDJ et du PMU joués avec un compte. Elle dure trois ans minimum, puis reste en vigueur tant que tu ne demandes pas à la lever. Personne ne peut la demander à ta place, sauf un tuteur.

Ce qu'elle laisse ouvert, Joueurs info service l'écrit noir sur blanc : ces mesures « ne s'appliquent ni aux cafés, PMU […] et bureaux de tabac, ni aux sites illégaux ». Les jeux à gratter achetés au comptoir, les lotos et les loteries restent accessibles. Et en France, rappelle l'ANJ, « tous les sites de casino en ligne sont illégaux » : ils ne contrôlent pas les personnes interdites.

Plus léger : chaque site agréé doit proposer une auto-exclusion de 24 heures à 12 mois, qui prend effet tout de suite mais ne vaut que chez lui, et te faire fixer avant ton premier dépôt un plafond calculé sur sept jours glissants. Le service public n'en fait pas une solution miracle : ces mesures « ne sont une aide que dans la mesure où vous-même vous "jouez le jeu" ».

Se soigner : où, et ce qui a été testé

Les CSAPA — centres de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie — reçoivent les joueurs « de façon anonyme et gratuite » et sont « présents dans tous les départements de France ». On y voit des professionnels en individuel, en groupe ou en famille, le plus souvent sans hospitalisation, et l'entourage peut y être reçu, une fois ou en suivi régulier.

Sur ce que valent ces thérapies, la revue Cochrane de Sean Cowlishaw (14 essais, 1 245 participants) trouve que la thérapie cognitivo-comportementale réduit le jeu et ses symptômes juste après le traitement, avec des effets allant de moyens à très importants. Mais une seule étude a mesuré la suite, à 9-12 mois, et ses effets étaient plus petits et non significatifs : « la durabilité du bénéfice thérapeutique est inconnue », et les données « peuvent surestimer » l'efficacité. L'OMS retient la thérapie cognitivo-comportementale au long cours et l'entretien motivationnel comme les approches les plus efficaces ; l'auto-assistance, les médicaments et l'entraide ont des preuves plus minces, même si l'entraide est parmi les plus utilisées.

Ce que dit exactement le NHS

Le service de santé britannique ouvre sa page sur le jeu sans détour : « Le jeu peut nuire à de nombreux domaines de ta vie » — relations, santé physique et mentale, finances. Il propose neuf questions, dont celle-ci : « As-tu essayé de récupérer l'argent que tu as perdu ? » Aucune ne demande combien tu joues.

En Angleterre, écrit-il, on peut « s'adresser soi-même à une clinique du jeu », où des psychiatres et des psychologues soignent le joueur et peuvent aussi « soutenir ta famille ou tes amis ». Ses conseils pratiques : s'inscrire sur GamStop, qui « t'empêche d'utiliser les sites et applis de jeu pendant 6 mois, 1 an ou 5 ans » ; « demander à ta banque de bloquer tout argent destiné aux sites et applis de jeu » ; payer les factures importantes « le jour de la paie, avant de jouer » ; et « ne pas voir le jeu comme un moyen de gagner de l'argent ». Côté français, Joueurs info service conseille de « contacter votre banque » dès les premiers excès et, si tu crains de dépenser l'argent du foyer, d'« ouvrir un compte séparé ».

Quand les dettes et le moral lâchent en même temps

Joueurs info service décrit une dernière phase, celle du désespoir, « marquée par un état dépressif très important ». Ce n'est pas une figure de style. En Suède, une étude de registre a suivi 2 099 personnes diagnostiquées dans les services spécialisés entre 2005 et 2016 : leur mortalité par suicide était 15 fois celle de la population générale, et c'est la dépression qui la prédisait. Ce sont des gens assez en difficulté pour être soignés, pas tous les joueurs. Mais c'est la raison de nommer le 3114, le numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24 h/24.

Pour les dettes, il existe la commission de surendettement de la Banque de France. Joueurs info service précise que la procédure réaménage les remboursements sans effacer les dettes, sauf si la situation est jugée « irrémédiablement compromise », et qu'une assistante sociale peut aider à monter le dossier — on en rencontre dans les CSAPA. Sur l'idée de rembourser en rejouant, il tient en une ligne : « L'idée de jouer à nouveau pour vous refaire est un leurre. »

Si tu rejoues

Le service public est clair : une reprise « fait partie du parcours de soin », il faut la considérer « comme une étape et non comme un échec définitif », et « le fait que vous ayez réussi à ne pas jouer pendant un certain temps prouve que vous avez la capacité d'arrêter de jouer ». C'est la position que le blog tient dans l'article sur la rechute.

Loutra compte les jours depuis la date que tu fixes, demande un point par jour et garde l'historique entier quand tu rejoues. Elle ne ferme aucun site, ne bloque aucun paiement et ne remplace ni Joueurs info service, ni un CSAPA, ni l'interdiction de l'ANJ.

Les questions qu'on nous pose

Un proche joue trop : qu'est-ce que je peux faire ?

Tu ne peux pas demander l'interdiction volontaire à sa place : c'est une démarche strictement personnelle, sauf pour un tuteur légal. En revanche, Joueurs info service répond aussi à l'entourage, au même numéro, et tient un forum réservé aux proches ; les CSAPA accueillent aussi l'entourage, une fois ou en suivi régulier. Ce n'est pas une situation rare : selon l'OMS, chaque personne qui joue à un niveau à haut risque en affecte en moyenne six autres.

L'interdiction de jeux couvre-t-elle les jeux à gratter ?

Pas au comptoir. L'interdiction ne s'applique pas aux lotos et loteries, ni aux paris pris dans les commerces agréés ou sur les hippodromes. Les jeux de la FDJ et du PMU ne sont couverts que lorsqu'on y joue avec un compte joueur. Quant aux casinos en ligne, ils sont tous illégaux en France, et l'ANJ rappelle que les sites illégaux n'ont aucun contrôle des personnes interdites.

Peut-on lever l'interdiction avant trois ans ?

Non. Elle est valable trois ans minimum, et ce n'est qu'au bout de ce délai qu'on peut demander à la lever, sur le même portail de l'ANJ. Si tu ne fais rien, elle continue de s'appliquer.

Comment savoir si j'ai un problème de jeu ?

Le NHS propose neuf questions notées de 0 à 3 (« as-tu emprunté de l'argent ou vendu quelque chose pour jouer ? », « t'es-tu déjà senti coupable de ta façon de jouer […] ? »). « Si ton score total est de 8 ou plus, toi ou tes proches subissez probablement des préjudices liés au jeu », et entre 1 et 7, « le jeu peut quand même avoir un impact négatif sur ta vie ». Ce score additionne des conséquences, pas des mises. En France, l'ANJ propose Evalujeu, un questionnaire « gratuit, anonyme et rapide » qui donne des conseils personnalisés.

Existe-t-il un médicament contre l'addiction au jeu ?

Rien qui soit solidement démontré à ce jour. La revue Cochrane de 2022 (17 études, 1 193 participants) apporte un soutien « préliminaire » aux antagonistes opioïdes (naltrexone, nalméfène) et à l'olanzapine pour une amélioration des symptômes à court terme, et peu d'éléments en faveur des antidépresseurs — avec une certitude jugée très faible à faible. Les auteurs demandent de les prescrire « avec prudence ». C'est une question à poser à un médecin, pas à un forum.

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Une loutre qui compte sur toi, un bilan quotidien, et une série de respirations pour les minutes qui sont dures.

Sources

  1. NHS — Help for problems with gambling (les neuf questions, les cliniques du jeu, GamStop, le blocage bancaire ; revue le 8 décembre 2023) — nhs.uk
  2. Organisation mondiale de la santé — Gambling, aide-mémoire du 2 décembre 2024 (critères de la CIM-11, thérapies, recours aux soins, suicide) — who.int
  3. Joueurs info service — Joueurs info service change ses horaires (09 74 75 13 13, 7 j/7 de 8 h à 23 h ; tchat de 12 h à 19 h ; 30 septembre 2026) — joueurs-info-service.fr
  4. Joueurs info service — Qui sommes-nous ? (un service de Santé publique France depuis le 1er mai 2016) — joueurs-info-service.fr
  5. Joueurs info service — Se faire interdire ou exclure des casinos et sites de jeux (et les limites de ces démarches) — joueurs-info-service.fr
  6. Joueurs info service — L'interdiction volontaire de jeux (jeux concernés et non concernés, durée) — joueurs-info-service.fr
  7. Joueurs info service — L'aide spécialisée (CSAPA, unités hospitalières d'addictologie) — joueurs-info-service.fr
  8. Joueurs info service — L'aide entre pairs (Gamblers Anonymes, SOS Joueurs, forums) — joueurs-info-service.fr
  9. Joueurs info service — Qu'est-ce que le jeu problématique ? (de l'espoir de gagner à l'espoir de se refaire) — joueurs-info-service.fr
  10. Joueurs info service — Conseils de gestion (la banque, le compte séparé, « se refaire est un leurre ») — joueurs-info-service.fr
  11. Joueurs info service — Surendettement (la commission de la Banque de France, ce que la procédure efface et n'efface pas) — joueurs-info-service.fr
  12. Joueurs info service — En cas de reprise du jeu — joueurs-info-service.fr
  13. Autorité nationale des jeux — Portail de l'interdiction volontaire de jeu (demande en ligne, trois ans minimum) — interdictiondejeux.anj.fr
  14. Autorité nationale des jeux — Joueurs (Evalujeu, l'évaluation « gratuit, anonyme et rapide » de sa pratique) — anj.fr
  15. Autorité nationale des jeux — Les outils pour garder la maîtrise du jeu (limites de dépôts et de mises, auto-exclusion) — anj.fr
  16. Autorité nationale des jeux — L'addiction aux jeux d'argent (les signes, dont « chercher à se refaire ») — anj.fr
  17. Autorité nationale des jeux — L'offre illégale (« tous les sites de casino en ligne sont illégaux ») — anj.fr
  18. Santé publique France — Jeux d'argent et de hasard dans le Baromètre de Santé publique France 2019 (30 juin 2020) — santepubliquefrance.fr
  19. Bijker R, Booth N, Merkouris SS, Dowling NA, Rodda SN — Global prevalence of help-seeking for problem gambling: a systematic review and meta-analysis. Addiction 2022;117(12):2972-2985 — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
  20. Cowlishaw S et al. — Psychological therapies for pathological and problem gambling. Cochrane Database of Systematic Reviews 2012, CD008937 — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
  21. Dowling N et al. — Pharmacological interventions for the treatment of disordered and problem gambling. Cochrane Database of Systematic Reviews 2022, CD008936 — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
  22. Karlsson A, Håkansson A — Gambling disorder, increased mortality, suicidality, and associated comorbidity: a longitudinal nationwide register study. Journal of Behavioral Addictions 2018;7(4):1091-1099 — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
  23. 3114 — Numéro national de prévention du suicide (24 h/24, 7 j/7, gratuit) — 3114.fr